Il me manque une rime en autre !
La barbe de dix jours jure avec le décor.
Des airs de braconniers perdus en plein Versailles.
Ils traînent tous des pieds sur l’herbe et sur la paille;
en font vite le tour; en demandent encore.
Leur chemin se poursuit d’une bourgade à l’autre…
Ah si vous écoutiez leurs lunaires échanges
au fond d’un champ, disons pour la rime, d’épeautre*,
lecteurs vous trouveriez la discordance étrange !
L’on n’entendit jamais de mémoire d’épi
tel orage de verbe ou telle pluie de mots.
Nos randonneurs parlant sans pause et sans répit
perdent de cette verve aux abords d’un hameau.
« Il ne nous faudrait point, chuchote l’un d’entre eux,
en caressant le mur pour accueillir au creux
de sa fébrile main les pas d’une fourmi,
perturber le matin des braves endormis. »
Les débats embrasés de la bande de fous
se plient donc à la trêve annoncée par celui
d’entre eux dont le phrasé rarement des plus doux
veut soudain se muer en protecteur des nuits.
Un soleil irréel nage dans son halo.
De leurs mains sans insecte ils s’ombrent le visage.
Une fois replongés dans d’urbains paysages,
leur fougue naturelle revient au galop.
Dans ce fier groupe j’ai des amis et un frère.
S’ils suscitent parfois ma fiévreuse impatience
quand s’affrontent nos voix au pied de quelque science,
pour eux je croiserais sans hésiter le fer.
Nos déambulations rythmées par le mot juste,
la flèche bien taquine et la perle verbale
ne sont point ta farine ô Parisien si pâle…
Mais viens chez nous goûter au levain des augustes.
A.H.
*Ouf !